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La formation pour adultes est encore parfois trop imprégnée de pédagogie trop "scolaire"... à tout le moins celle que le formateur a vécu lui-même lorsqu'il était sur les bancs de l'Ecole. Il est difficile de faire évoluer sa pratique de formateur si l'on garde trop les stigmates de cette période. De même, un apprenant se remémorant ses apprentissages passés peut être fortement imprégné de vieux réflexes qui le feront évoluer difficilement vers les chemins de nouvelles connaissances ou compétences.

Consultants, formateurs, prenez-vous en compte cette dimension dans l'animation de vos formations ?

Un billet PedagoForm pour inviter à la réflexion sur nos pratiques professionnelles en formation... Billet inspiré par une re-lecture de "Petite Poucette" de Michel Serres* sur 3 points : la salle, le rapport au savoir, le rôle et la place de l'apprenant. Vous êtes invités à commenter ce billet...

CONFIGURER UNE SALLE DE FORMATION

La configuration de l’espace en formation aura toute son importance sur les comportements de l’apprenant et son « état d’être » en formation. Favoriser contribution de l’apprenant, participation et collaboration commencent déjà par la disposition des tables, des chaises, de l'existence ou non de sièges et de tables, de la configuration de l’espace en formation dans sa globalité.

Ainsi, Michel Serres écrit dans « Petite Poucette » : «  La focalisation de tous vers l'estrade, où le porte-voix requiert silence et immobilité, reproduit dans la pédagogie, celle du prétoire vers le juge, du théâtre vers la scène, de la cour royale vers le trône, de l'église vers l'autel, de l'habitation vers le foyer... de la multiplicité vers l'un. Sièges serrés, en travées, pour les corps immobilisés de ces institutions-cavernes ».

La représentation que certains apprenants ou acteurs de la formation se font de l’animation d’une formation peut renvoyer aux images de l’Ecole. Dans votre parcours professionnel, n’êtes-vous jamais rentré dans l’une de ces salles, présentée comme la salle de formation, où chaises et tables sont alignées vers un bureau ou vers un tableau ? Souvenir anciens de notre éducation première… Pensons-y, formateurs et apprenants, en entrant dans la salle de formation et faisons en sorte de bousculer cet ordre établi ! 

LA REPRESENTATION QUE L'ON A DU "SAVOIR"

De même, la représentation que certains apprenants ou acteurs de la formation se font du savoir renvoie parfois aux images de l’Ecole, où le Savoir a souvent été présenté tel un contenu à intégrer, immense et indéfini à mémoriser, structurer, hiérarchiser. Cette représentation des savoirs et du rapport aux savoirs est encore présente pour de nombreux apprenants. Elle ne favorise ni sa contribution, ni sa participation ou sa collaboration. 

Ainsi, n’êtes-vous jamais rentré dans une salle de formation où chacun se présente, carnet en main, paré pour une prise de note intégrale ? En expectative devant le formateur qui délivre SON savoir, l’apprenant attend des recettes toutes prescrites, immédiatement prêtes à l’emploi, à mémoriser pour appliquer. Souvenirs anciens de notre éducation première…

Michel Serres poursuit dans « Petite Poucette » : « Sages comme des images depuis l'âge tendre, nous commencions, enfants, une carrière longue de corps sur leur séant, immobiles, en silence et en rangs. Notre nom de jadis, le voici: Petits Transis. Les poches vides, nous obéissions, non seulement soumis aux maîtres, mais surtout au savoir, auquel les maîtres eux-mêmes, humblement, se soumettaient. Eux et nous le considérions comme souverain et magistral. »

Les corps transits se retrouvent parfois dans l’environnement de la formation … ni participation, ni collaboration des apprenants.

« Jamais n'exista la démocratie du savoir. Non point que certains, détenant le savoir, détenaient le pouvoir, mais que le savoir lui-même exigeait des corps humiliés, y compris de ceux qui le détenaient. Le plus effacé des corps, le corps enseignant, donnait cours en faisant signe vers cet absolu absent, au total inaccessible. Fascinés, les corps ne bougeaient. ».

LE ROLE ET LA PLACE DONNES A L'APPRENANT

De même concernant le rôle et la place donnés à l'apprenant, Michel Serres écrit : « Jusqu'à ce matin compris, un enseignant, dans sa classe ou son amphi, délivrait un savoir qui, en partie, gisait déjà dans les livres. II oralisait de l'écrit, une page-source. S'il invente, chose rare, il écrira demain une page-recueil. Sa chaire faisait entendre ce porte-voix. Pour cette émission orale, il demandait le silence. Il ne l'obtient plus. ».

En Formation professionnelle continue, cette image fait parfois écho : quelque formateur d’adultes peut être tenté de reproduire ce réflexe de "l’écrit oralisé de son savoir", quand lui-même a été « formaté » de la sorte : il lit ce qu'il a écrit, il lit ce qu'a écrit un autre.... il lit, il lit...

Ainsi, à l’Ecole comme en formation professionnelle continue, il existe une grande littérature sur le « décrochage » : décrochage « scolaire », décrochage de l’apprenant, qui peut se traduire parfois par l’abandon d’une formation pour adultes ou par un brouhaha dans une salle de classe… ces signaux se font peut-être l’écho du changement à opérer dans sa Pédagogie… modifier sa Pédagogie et écouter le brouhaha…

Michel Serres  continue : "Pourquoi bavarde-t-elle, parmi le brouhaha de ses bavards camarades? Parce que, ce savoir annoncé, tout le monde l'a déjà. En entier. À disposition. Sous la main. Accessible par Web, Wikipédia, portable, par n'importe quel portail. Expliqué, documenté, illustré, sans plus d'erreurs que dans les meilleures encyclopédies. Nul n'a plus besoin des porte-voix d'antan, sauf si l'un, original et rare, invente."

....Le développement d’internet et les nouvelles modalités ont ainsi révolutionné les manières d’apprendre.


…. Changeons, apprenants et formateurs, pour que la formation devienne  la « formation tout au long de la vie » et non « l’Ecole tout au long de la vie ».
* "Petite Poucette" de Michel Serres" - Edition Le Pommier.

 

 

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