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Imaginez-vous un instant de votre vie sans émotion ? Imaginez-vous une formation, une conférence, une intervention, une animation, sans émotion ?

Je vis, je ris, je suis gaie, enthousiaste, étonnée, stupéfaite, je suis révoltée, en colère, indignée, déconcertée, je suis triste, j'ai de la peine, je pleurs...

 

Savez-vous que l'émotion est un moteur d'apprentissage ?

Un temps d'intervention, de formation, d'animation est imprégné d'un mélange d'émotions qu'il peut être important de prendre en considération à plusieurs égards.

-D'une part, les apprenants sont des êtres d'émotions. 

Un éléve peut arriver en classe avec un souci qui l'a perturbé la veille au soir dans sa famille ; une maman stagiaire arrive en ayant laissé son bébé malade à l'assistante maternelle. Un stagiaire peut être amoureux et ne penser qu'à cela au point d'être déconcentré. Des salariés peuvent rejeter une formation car, pour le moment, ils sont affectés par la lettre de licenciement reçue par l'un d'entre eux...La météo intérieure de tous ces êtres sont des données qui vont impacter leur apprentissage et selon leur météo intérieure, favoriser et canaliser l'apprentissage ou brouiller l'apprentissage par l'émotion.

Parmi un groupe d'apprenants, les émotions passent et se passent et la formation se déroule au fil des émotions.

- D'autre part, intervenant, conférencier, professeur, vous êtes vous-même un être d'émotions.

Si vous formez, intervenez, communiquez, vous transmettez des messages empreints d'émotions : par la communication verbale, vous transmettez vos messages objectivement ; par vos gestes, vos déplacements, le son de votre voix, vos intonations, vos regards, absences de regards, vous communiquez d'autres messages. En fonction de votre "état d'être" du moment, vous transmettez vos émotions qui contribuent à la captation des messages : vous êtes zen et vous pouvez apaiser l'auditoire, vous êtes stressé et vous pouvez vite énerver toute une assemblée.

 

L'émotion est un moteur d'apprentissage mais il existe également une mémoire de l'émotion.

Non seulement il est possible de créer le plaisir d'apprendre ou le dégoût d'apprendre (voir en ce sens le billet Pédagogie : l'art de donner l'envie d'apprendre"), mais l'émotion peut aussi permettre d'ancrer une information. Je n'ai ni compétence, ni connaissance quant à la question de l'imprégnation des informations par notre cerveau, mais j'ai vécu de trés nombreuses situations où la mémoire par l'émotion était en jeu... vous aussi trés certainement, dans votre vie professionnelle, comme dans le domaine privé.

Quelques années en arrière, je réalisais des ateliers sur les démarches juridiques au quotidien auprès d'un public de personnes non voyantes pour certaines, sourdes ou malendantes pour d'autres. Ces publics m'ont permis de modifier et de revisiter mes modes d'intervention et mon approche pédagogique, afin qu'elles aient un sens adapté à ces handicaps, mais ils m'ont surtout permis de mieux découvrir le sens de la mémoire émotionnelle.

En fin d'animation, je demandais toujours ce que les personnes avaient retenu en priorité de ce temps d'information et d'échanges. Beaucoup m'indiquaient qu'ils avaient perçu que ma voix était grave et qu'ils en déduisaient qu'ils devaient être plus vigilants quant au classement de leurs documents personnels, ou que mon regard leur avait paru aidant, comprenant là qu'ils pouvaient facilement chercher de l'information dans la structure qui m'embauchait alors.

Il était trés rare qu'ils aient retenu une information précise sur un formulaire ou l'article de loi à utiliser dans un prochain courrier. Dans la plupart des cas, ils me décrivaient l'émotion véhiculée par mes propos, leurs sentiments, et ils déduisaient de la perception de cette émotion, un précepte, une attitude à tenir... L'impact de la mémoire par l'émotion.

Dans un groupe d'apprenants, des émotions passent et se passent et la formation se déroule au fil de ces émotions.

 

Comment peut-on utiliser l'émotion dans une formation ou une intervention ?

Il s'agit de la question que l'on m'a posée récemment. Plusieurs "registres d'émotions" paraissent envisageables selon des contextes différenciés : le thème de la formation, le nombre de participants, les météos intérieures et respectives de chacun (intervenant comme apprenant), que l'on peut interroger à différents moments de la formation ou de l'intervention (en utilisant par exemple la large palette des émoticônes : ....).

La réponse dépend invariablement et surtout de la propension de l'intervenant ou formateur à vouloir et à pouvoir "jouer" sur les émotions, ce qui n'est pas un exercice trés aisé d'emblée.

L'improvisation théâtrale, de plus en plus usitée en formation, favorisera ce jeu des émotions, comme les mises en situation où chacun a un rôle d'acteur. Ces temps sont précieux pour l'ancrage de messages par l'émotion. D'autres peuvent utiliser le conte, le jeu de rôle.

Dans les deux modes d'interventions spécifiques suivants, le jeu des émotions interrogent : - la FOAD où certains s'interrogent de nos jours sur l'appréhension des émotions dans les formations utilisant les nouvelles technologies et la conférence pour laquelle utiliser l'émotion améliore cet art oratoire (conférencier, en lieu et place de votre voix monocorde, de grâce, si votre météo intérieure est bonne, jouez l'emphase, et teintez vos propos d'un soupçon d'émotions pour nous amener vers vos territoires...).

 

Utiliser les émotions positives en intervention et en formation.

Il est tout d'abord possible d'utiliser les émotions positives en intervention : certains utiliseront le rire, la dérision, la provocation, l'indignation amenant aux rires pour ancrer les informations et favoriser l'apprentissage même dans des disciplines a priori trés rébarbative (voir en ce sens le billet "Etes-vous un form'acteur ?").

Il est même possible d'aborder des sujets trés sérieux par le rire.

Dans une conférence récente, un anthropologue, m'a beaucoup fait RIRE .... en parlant de LA MORT (surprenant !)... et plus exactement de la considération de la mort dans la société chinoise, exposant le fait qu'à partir de l'âge de 60 ans, il est de coutume d'acheter son cercueil pour se préparer et concevoir ce futur état. Mes rires étaient provoqués par le fait que ses étudiants lui aient offert son cercueil pour ses 61 ans, et que, ce cercueil trônant dans le salon de son appartement chinois, il tente parfois d'y entrer pour se rendre compte de ce que sera ... la mort.

J'ai capté et traité tout un tas d'autres informations autour de la représentation de la mort dans cette société et mon rire me permet de me remémorer ce soir le sens de son exposé axé sur la notion de résilience. Je ris de la mort, je comprends, j'apprends, et je me souviens.

 

Utiliser les émotions négatives en intervention et en formation.

Il est également possible ensuite d'utiliser des émotions plus négatives pour favoriser l'ancrage des informations : cela paraît plus périlleux, plus risqué et dangereux mais cela est toutefois possible, en le maniant avec beaucoup de précautions.

Dans une autre conférence passée, un philosophe me ramène à la considération de la vulnérabilité dans notre société et son rapport à la maltraitance. Il y évoque le sentiment de culpabilité familiale à ne savoir que faire ou que comprendre de la vieille personne qu'est devenu son père ou sa mère. Il partage avec nous l'idée que peut-être, pour les aidants familiaux, la mort paraît être la seule et inéluctable solution pour apaiser les souffrances, celles de leur aîné mais également la leur.

Cette idée paraît choquante à certains participants dans la salle et certains s'offusquent autour de cette conception indécente ; d'autres ne disent mot, se rappelant peut-être certaines situations professionnelles ; l'intervenant suscite une surprise chez certains, affirme une vérité "enfin dite tout haut" pour d'autres. En tout cas, on en parle pendant le temps du repas et on en débat. Pour ma part, il réveille en moi un vif sentiment dont j'ai récemment souffert dans mon entourage familial, il arrive même à donner un sens et une explication à une interrogation qui demeurait sans réponse à ce jour. Chacun est parti avec sa propre idée, ancrée sur cet instant d'émotion, tout à fait vécu différemment par les uns ou les autres.

Je suis émue, j'en parle, nous en parlons, nous nous en émouvons, et je me souviens.

 Dans une formation, une conférence, une intervention, des émotions passent et se passent et la formation se déroule au fil de ces émotions, les leurs, les vôtres, les nôtres : je vis, je ris, je suis gaie, enthousiaste, étonnée, stupéfaite, je suis révoltée, en colère, indignée, déconcertée, je suis triste, j'ai de la peine, je pleurs.


Imaginez-vous une formation ou une conférence sans émotion ? Formateurs, intervenants, animateurs, conférenciers, enseignants, vous suscitez une émotion, que vous le vouliez ou non, alors :

- Provoquez-moi !

- Apostrophez-moi ! 

- Etonnez-moi ! 

- Donnez-moi une émotion !

.... pour me permettre de mieux apprendre.

- Vous avez peut-être vous aussi des exemples vécus où la mémoire émotionnelle a été particulièrement en jeu ?

- En tant que formateur ou conférencier, vous utilisez constamment les émotions pour favoriser l'apprentissage ? 

- Vous trouvez que ce n'est pas un moyen d'apprentissage, selon votre expérience.

 

 

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