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EVALUER LES ACQUIS DE L'APPRENANT EN FORMATION : EVALUER OU CORRIGER ?


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COMMENT EVALUER LES ACQUIS DE L'APPRENANT EN FORMATION ? FAUT-IL EVALUER ? FAUT-IL CORRIGER ?

 

Souvent, le formateur s'interroge sur les mêmes paramètres quant à l'évaluation des acquis de l'apprenant : le choix de l'exercice, les modalités de correction de l'exercice... Mais il ne faut pas omettre qu'il existe en pédagogie d'autres moyens pour entrevoir la progression de l'apprenant. Tout dépend du but à atteindre dans l'évaluation des acquis de l'apprenant : EVALUER OU CORRIGER ? 

 

Lisez un peu cette histoire, extrait d'un article de Claire Tardieu "Evaluer ou corriger ?" : "Lors d’un séjour au Danemark, l’une de mes collègues eut l’occasion de visiter des établissements scolaires. Elle assista à un cours de musique où les élèves apprenaient une chanson. C’était, selon elle, une vraie cacophonie, mais le professeur danois continuait à faire chanter les élèves comme si de rien était. À la fin de la séance, ma collègue lui demanda pourquoi il laissait les enfants chanter faux sans les corriger. il évaluer en corrigeant ? 

Il existe plusieurs formes d'évaluation en formation et concernant plus particulièrement l'évaluation de l'apprenant, il est souvent fait référence aux concepts de l'évaluation sommative et de l'évaluation formative. L'évaluation sommative vise à vérifier les acquisitions de l'apprenant à l'issue ou en cours de formation quand l'évaluation formative a pour but d'améliorer les apprentissages en cours de formation en détectant les éventuelles difficultés de l'apprenant pour modifier un ou plusieurs points de la formation pour mieux l'accompagner.

Dans l'une comme dans l'autre, la question se pose pour le formateur de savoir s'il convient de corriger . Tout dépend ce qu'on pose derrière les mots. Chacun peut y mettre un sens, ou un sous entendu car dans "évaluer", on peut comprendre qu'on "met une valeur" ou que l'on "donne de la valeur" alors que le mot "corriger" rappelera quant à lui parfois de vieux souvenirs scolaires...

"Corriger, évaluer, noter, faute, erreur, etc. Autant de termes utilisés couramment par les uns et les autres sans que le sens en soit toujours précisé. Or, les mots pour le dire ne sont pas anodins. (...). il bien au centre de son évaluation ?  Corriger, évaluer, noter, faute, erreur... la psychologie cognitive souligne l'importance du climat de confiance et de l'estime de soi pour l'apprentissage (de La Garanderie 1987 ; Bandura 2007).  Extrait de la publication de Claire Tardieu "Evaluer ou corriger ?" 

En effet, la question se pose souvent pour le formateur de savoir comment mettre en oeuvre une évaluation sans qu'elle ramène pour autant chaque apprenant à son passé scolaire et qu'elle engendre une application complétement sanctionnante de la formation, ou vécue comme telle. Comment replacer l'apprenant au centre de l'évaluation, pour qu'elle fasse sens pour lui et qu'elle lui permette de progresser ? Au-delà du QCM préparé par le formateur, au-delà de la grille de correction prévue à cet effet, de la notation, comment ne pas perdre de vue l'esprit de ce pourquoi elle est ou pourrait être conçue... faire avancer l'apprenant, lui faire mesurer ses avancées, lui en faire prendre conscience, faire le point, mesurer le chemin parcouru pour entrevoir le chemin restant à parcourir ... Un billet modeste, ni précepteur de recettes, ni détenteur d'une quelconque vérité, comme tous les autres billets PEDAGOFORM ... seulement l'occasion de prendre du recul sur les pratiques en formation professionnelle .... 

 

LES QUESTIONS QUE LE FORMATEUR PEUT SE POSER POUR L'EVALUATION DES ACQUIS DE L'APPRENANT

1. Le choix de l'exercice qui donnera lieu à l'évaluation des acquis de l'apprenant 

Le QCM semble être le moyen le plus souvent utilisé pour l'évaluation des acquis de l'apprenant mais il est vrai que, pour des personnes qui sont récalcitrantes aux examens, aux épreuves en général, ce dernier peut être bloquant, comme toute forme de questionnaires, voire plus généralement, toute évaluation ramenant à l'écrit. Il faut aussi penser que le public apprenant peut avoir des difficultés de maitrise de la lecture et choisir d'emblée le QCM peut bloquer certains d'entre eux.

C'est pourquoi il est précieux, à bien des égards, d'avoir préalablement poser un cadre de réflexion aux modalités du ou des exercices pour réaliser une évaluation sommative. Plusieurs paramètres seront importants dans sa détermination par exemple, en fontion du public (pensons aux publics qui ne maitrisent pas bien la lecture ou le français), en fonction des modalités de l'activité, tâche ou métier (fonction orale ou fonction écrite ? ). L'exercice sera d'autant plus pertinent s'il est en lien avec l'environnement du professionnel tant sur le fond que sur la forme.

.... Créer l'évaluation en concevant un "pouvoir apprendre".

 

2. Le regard des autres apprenants sur le résultat de l'évaluation des acquis aura une incidence sur l'apprenant

Il  peut également être pertinent de réfléchir aux modalités de réalisation de cet exercice ou aux modalités de correction de ce dernier, en lien avec le regard des autres apprenants. Dans une entité où les individus sont habitués à la remise en cause et avancent ensemble, une correction collective est possible. Mais parfois, quand bien même le formateur aura posé, en début de formation, le principe de non-jugement, au moment de l'évaluation des acquis, le jugement peut facilement renaître, particulièrement dans un groupe où les individus ne sont pas trés solidaires.

.....Envisager l'évaluation mais ne pas rompre avec "l'apprendre ensemble".

 

3. La correction de l'exercice devra être réfléchie

Les formateurs s'interrogent souvent également sur la pertinence de créer une grille de correction la plus objective possible : la formulation des questions doit être claire, pour engendrer soit une réponse positive (OUI), soit une réponse négative (NON) ; les questions doivent être directes, et les réponses sans équivoque pour éviter tout jugement de valeur et éviter des reproches de la part des apprenants quant à d'éventuels écarts.... ce sont souvent les conseils que l'on peut lire de-ci, de-là.

Toutefois, les questions ouvertes peuvent, à bien des égards, elles aussi, être "apprenantes" pour le formateur afin de s'assurer que les messages clés de la formation sont bien passés. Par ailleurs, il faut bien intégrer cette part "jugeante" en tout formateur (celui qui "juge", qui "porte un regard" sur les résultats des acquis de l'apprenant) et assumer pleinement cette posture dans une évaluation, la grille de correction, la plus objective qui soit, ne peut en aucun cas constituer un refuge.

Et la vraie question demeure : dans le test d'évaluation que je propose à l'apprenant, mes questions ont-elles bien un sens en lien avec la formation que j'ai préparée et mise en action ? Par essence, une fois l'évaluation des acquis réalisée, que restera-t-il vraiment de la formation ? 

 .... Créer une évaluation, assumer sa posture d'évaluateur-formateur et maintenir justesse et justice entre apprenants pour préserver le "vouloir apprendre".

 

4.  On n'évalue pas toujours une compétence !!!

Dernier point à souligner, et qui n'est pas des moindres. Il revient prélablement et toujours au formateur de cibler l'objet de l'évaluation : selon le format de la formation, son cadre et son contexte, parfois seront évaluées des connaissances pures et simples, parfois des comportements, parfois des procédures ou savoir faire, parfois des compétences. Il est pertinent de se rappeler, à cet égard, que la compétence est mesurable sur le poste de travail et qu'elle obéit à un processus d'intégration des acquis, lent et qui s'installe dans la durée, de manière plus ou moins longue selon les individus. En résumé, l'objet de l'évaluation sera bien différent d'une formation à une autre, selon le contexte, la durée de la formation... Il convient aussi sagement de se remémorer que tout n'est pas mesurable et évaluable, qu'il convient souvent de faire des choix, selon les durées, selon les contextes, la vraie question étant : que veut-on mesurer et pourquoi ? 

.... Créer une évaluation en définissant précisément son objet pour envisager clairement "les contours de l'apprendre".

 

QUELQUES POINTS A METTRE EN EXERGUE...

♣ Créer une évaluation en concevant un "POUVOIR APPRENDRE"

♣ Envisager l'évaluation mais ne pas rompre avec "L'APPRENDRE ENSEMBLE"

♣ Créer une évaluation, assumer sa posture d'évaluateur-formateur, et maintenir justice et justesse entre apprenants pour préserver le "VOULOIR APPRENDRE"

♣ Créer une évaluation en définissant précisément son objet pour envisager clairement les "CONTOURS DE L'APPRENDRE"

Les dispositifs de formation, tels qu'ils sont conçus de nos jours, amènent souvent les acteurs de la formation à concevoir l'évaluation des acquis de l'apprenant (quand elle existe, quand elle est demandée) pour parvenir à mesurer les résultats de la formation, qui doivent être tangibles et qui doivent permettre aux DRH et responsables de formation de justifier l'existence de la dépense de formation.

Mais dans l'action, au moment précis de la réalisation de l'évaluation, il peut être important non seulement de la contextualiser pour l'apprenant mais de lui donner un sens pour replacer l'apprenant au coeur de son apprentissage et de sa progression en envisageant parfois que "Evaluer n'est pas toujours corriger ou sanctionner"... évaluer pour donner de la valeur, évaluer pour donner un sens à l'apprendre et la poursuite de futurs apprentissages... car l'on se forme tout au long de la vie... et que dans certaines expériences, une évaluation mal vécue par un apprenant peut engendrer une remise en cause de toute vision positive de la formation ou de l'acte d'apprendre, parce que l'apprenant s'est vraiment senti jugé, par le formateur ou par ses collègues présents, qu'il n'a pas compris pourquoi ces questions étaient posées, qu'il n'a pas saisi le lien qu'elles pouvaient avoir avec sa pratique professionnelle, parce que l'évaluation était écrite alors qu'il a un rapport lointain à l'écriture, qu'il a vécu ce temps comme une sanction....

N'oublions jamais qu'il existe, en pédagogie, d'autres solutions pour mesurer la progression de l'apprenant, l'intégration des acquis à travers ses restitutions, son expérience à travers l'alternance, l'évaluation formative notamment. Envisager de faire progresser l'apprenant, à travers les évaluations officielles et standardisées, n'empêche pas de poser en formation d'autres actions pédagogiques quand celles-ci peuvent se révéler bloquantes pour l'apprenant. Elles peuvent être repensées ou réexpliquées pour permettre un MEILLEUR APPRENDRE et surtout ne pas rompre avec l'ENVIE D'APPRENDRE. 

Mais alors quelle est la fin de cette histoire ? " À la fin de la séance, ma collègue lui demanda pourquoi il laissait les enfants chanter faux sans les corriger. Il répondit, pourquoi les corriger ?  Si je les corrige, ils perdront le plaisir de chanter.... De toute façon, dans quinze jours, ils chanteront juste. Et effectivement, quinze jours plus tard, les élèves chantaient juste..."...

... on peut aussi avoir de cette histoire une autre interprétation en lieu et place de l'idée que l'évaluation-correction peut perdre de vue l'apprenant et ses apprentissages et lui faire perdre le plaisir d'apprendre... mais cette 2ème idée fera peut-être l'objet d'un prochain billet... les apprentissages collaboratifs et les apprentissages informels...

Et vous, qu'en pensez-vous ? 

 

Pour poursuivre :

 - Plusieurs billets de PedagoForm sur l'attestation de fin de formation : cliquez ici ou dans la rubrique EVALUATION de PEDAGOFORM

Pour lire l'article complet de Claire Tardieu : corriger ou évaluer : cliquez sur ce lien 

- Des ressources sur les grilles d'évaluation et l'objectivité ou la subjectivité dans l'évaluation de la formation : 

      Concevoir des évaluations qui évaluent vraiment : article de THOT cursus (cliquez sur ce lien pour l'ouvrir)

        Les grilles d'évaluation critériées (cliquez sur ce lien pour ouvrir le document)

            Exemple de grille critériée

            Réduire la subjectivité lors de l'évaluation des apprenants.

 

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TISSOT 19/09/2017 09:29

J'apprécie votre éclairage sur cette notion d'évaluation où évaluer ne doit pas rimer avec jugement, et permettre à l'apprenant de progresser, précisément lorsque le formateur doit évaluer des savoirs être.

bouheni ali 11/04/2013 10:36


tres bien , cet article m'aide beaucoup dans mon travail comme formateur .Merci et je suis tres reconnaissant

Marvin 04/04/2013 08:34


Bonjour


En complément de votre billet sur la distinction entre evaluer dans la continuité ou évaluer à un instant T, un jog-books sur l'evaluation qui aborde la notion de compétence entre son
instrumentalisation et son intrumentation ainsi que des pistes de solutions pour que l'évaluation soit au service de la performance attendue
http://www.jogtheweb.com/run/7lYBjmmd9CJt/Evaluation-de-la-formation


Bien votre blog, jaime beaucoup


a+

PedagoForm 04/04/2013 20:41



Bonjour, 


Merci Marvin pour ce complément d'information autour du jog-books que vous avez créé, j'invite les lecteurs de PedagoForm à pouvoir le parcourir également. A bientôt.