11 Jun

FORMATEURS : EN FORMATION, OUBLIEZ VOTRE PARTITION !

Publié par PedagoForm  - Catégories :  #PEDAGOGIES - APPRENTISSAGES ET APPRENANT

 

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Au-delà des méthodes, techniques ou courants de la Pédagogie, le savoir-être du formateur fera souvent la différence pour accompagner l'apprenant vers les voies de l'apprentissage. Ainsi, lorsqu'on est formateur, connaître la partition est nécessaire mais laisser de côté sa partition peut aussi permettre à l'apprenant d'être l'acteur de son apprentissage vers le développement de ses compétences.

 

Formation, musique, partition ?

Comparer la Pédagogie à un Art n'est pas nouveauté, certains pédagogues s'y sont risqués. Comparer la formation à une partition ? ...à condition de bien repositionner les rôles de chacun des acteurs : 

- le formateur, tel un chef d'orchestre, a préparé la formation, au vu du contexte, des enjeux de la formation, des objectifs, du public d'apprenants. Il mène la musique, certes, et s'il est virtuose, il n'omet jamais qu'elle sera sentie, ressentie s'il envisage la partition pour "toucher", concerner l'apprenant, pour communiquer une émotion, le faire participer  ;

- l'apprenant, quant à lui, comparé au spectateur, dans un premier temps, plus ou moins encensé par la partition musicale de formation, selon qu'il se sent concerné ou non, impacté ou non, pourra devenir pleinement acteur de la partition, s'il est invité par exemple à se lever, à frapper des mains pour reprendre le rythme afin de ressentir par lui-même et s'investir pour créer de nouveaux savoir, savoir être ou savoir faire ;

- la formation, quant à elle, ressemble a priori à une partition : le formateur l'a préalablement conçue au vu de la "commande" qui lui a été passée, modélisée selon contexte, enjeu, public, expérience, objectifs définis... Mais est-ce à dire que le musicien suivra chacune des notes, page après page ? Est-ce à dire que chacun des morceaux choisis se jouera, l'un après l'autre, sans modification aucune ? Est-ce à dire que ce dernier jouera mécaniquement sa partition, en en respectant scrupuleusement chaque temps ?

 

Suivre scrupeuleusement la partition-formation ou adapter la partition ? 

La réponse est éminemment positive : puriste ou pas, la commande est la commande. Il convient d'effectuer la formation telle qu'elle a été validée par le commanditaire. Et d'ailleurs, comment pourrait-on modifier la formation-partition ? Les musiciens sont là, tous prêts à suivre le chef d'orchestre, partitions sur pupitre .... alors en avant la musique !

Toutefois, quelques lignes pour se convaincre du tout contraire.

Lorsqu'il démarre en formation, le formateur a tendance à s'accrocher à son Savoir, démuni encore de toute pédagogie. Cela se traduit premièrement par le fait qu'il a du mal à se détacher de ses notes, qu'il reste encore trop sur son écrit, sur ce qu'il souhaite lui-même dire et expliquer, sans prendre le temps de "regarder" les apprenants, au risque de les perdre et qu'ils "décrochent". Mais alors comment faire ? Adapter son Savoir, modifier la partition pour la rendre accessible pour envisager de la partager avec l'apprenant peut, en complément des autres méthodes, techniques ou approches de la Pédagogie, constituer l'une des solutions vers l'apprentissage. Une façon de "lâcher prise", à condition que le Savoir du formateur soit bien acquis et maîtrisé au départ. 

 

Adapter la partition pour communiquer avec l'apprenant.

Pour cette métaphore musique-formation-partition, imaginez-vous à un concert de jazz par exemple... 

La première partie du spectacle est assurée par un groupe de jeunes anglais, qui réalisent leur première tournée. Chacun fait ses débuts : avant chaque morceau, le leader de cette composition musicale vous explique au préalable l'historique du passage qui va être joué, comment il a été écrit, avec qui et pourquoi. Puis, sur chaque morceau, chacun des membres du groupe tourne les pages de la partition sur le pupitre. L'émotion a beaucoup de mal à passer avec la salle ; au bout d'un quart d'heures, même vos pieds ne marquent pas le rythme, ce qui est plutôt signe que l'on est en harmonie avec la musique. Au bout d'une demi heure, vous avez envie de vous endormir, ce qui est plutôt l'effet inattendu d'un concert de jazz.

Entracte. Deuxième partie : un nouveau groupe de musiciens arrive sur l'estrade. Chacun d'entre eux entre en scène avec un pas assuré, et sans mots dire, s'empare des instruments pour démarrer le concert. Au bout de cinq minutes, vous réalisez bien qu'il n'est pas nécessaire de savoir comment ce morceau a été écrit, par qui et comment. Vous ressentez surtout une maitrise musicale qui vous laisse envisager des heures et des heures de répétition et de travail pour parvenir à ce résultat. Vous ressentez également que chacun connait les moindres recoins de son instrument et de la partition car de toute façon, les pupitres ont disparu de la scène pendant l'entracte... aucun pupitre, aucune partition en visu.. tout dans la tête, les doigts rivés sur l'instrument. Inutile de vous dire qu'en trois minutes, vos pieds rythment probablement le morceau, qu'au bout de dix minutes, vous frappez dans vos mains ou claquez vos doigts, quand vos voisins se balancent déjà dans leur fauteuil ! Bref l'émotion est là, palpable, transmise, spectateurs et musiciens entrés en communion.

Il en est de même en formation : c'est en se détachant de son Savoir, maitrisé et acquis, que le formateur peut communiquer avec l'apprenant, pour envisager cette communication, à travers les émotions, notamment.

Adapter la partition pour créer le plaisir d'apprendre.

De l'improvisation au plaisir ... Evidemment, les musiciens perçoivent aussi que le public apprécie la musique. Et, d'un seul coup, sur un morceau, au signal du leader, le groupe part en improvisation reprenant le rythme principal d'un refrain pour vous inviter à vous lever et à reprendre ce rythme avec vos mains. Participation active, plaisir décuplé... et un morceau qui tournera probablement dans votre tête en boucle pendant une semaine. Comme quoi, ne plus jouer la partition, en respecter l'esprit tout en modifiant légérement le modus, peut créer l'envie de participer, engendrant parfois même l'intégration.

 

Comment adapter la partition-formation ? 

1- PREPARER SA PARTITION EN S'APPUYANT SUR L'INGENIERIE DE FORMATION. Envisager la construction du scénario pédagogique de la formation.

Bien entendu la préparation de la formation passera par la construction du scénario pédagogique de la formation. Il s'agira ainsi de la partition de formation. Définition des objectifs généraux, opérationnels, pédagogiques, construction des séquences pédagogiques à travers les rythmes de la formation, réflexion sur les méthodes pédagogiques en fonction du public...

2 - S'IMPREGNER DE LA PARTITION ET MAITRISER SES INSTRUMENTS S'imprégner du scénario pédagogique. 

3 - JOUER LA PARTITION EN INTERACTION AVEC L'APPRENANT. S'adapter et acquérir une posture d'interaction avec l'apprenant.

Sortir de son contenu, favoriser l'interaction, impliquer et "improviser sous contrôle" pour créer un véritable échange et donner l'envie à l'apprenant de continuer à explorer.

Et vous, quel musicien êtes-vous ? 


Comme d'habitude, aucun billet PedagoForm ne prétend détenir une quelconque Vérité. Il s'agit toujours et simplement d'envisager avec les lecteurs des billets, réflexions et échanges... chacun envisage ses propres chemins à travers la Pédagogie, la Formation et les Apprentissages et chaque billet n'est qu'une perspective qui ne peut être représentative de toute la variété, la richesse et l'étendue des méthodes, techniques et approches de la Pédagogie et de la Formation.

 

Pour compléter votre lecture : deux contributions de @JmarcFJ et de @17marsconseil ci-dessous (cliquez dans "Voir les commentaires").

 

 

Commenter cet article

JmarcFJ 11/06/2013


Bonjour


Je t'apporte mes nuances par rapport à ton point de vue qui nous permet de réflechir, de formaliser et n'est-ce point là l'essence ou l'art de tout formateur ?


"William James, l’un des fondateurs de la psychologie de l’éducation, avait remarqué dès 1899 que la
psychologie est une science tandis que l’enseignement est un art et que les sciences n’engendrent pas directement les arts. Comme l’a fait valoir beaucoup plus récemment Eisner (1994),
l’enseignement est un art au sens où il n’est pas dominé par des prescriptions et des routines, mais est influencé et guidé par des qualités et des contingences qui ne sont pas anticipées et se
manifestent au cours de l’action."


La tête dans la partition ou la partition dans la tête?


Les travaux de Blake montre qu'il existe 5 familles de Formateur qui appartiennent a une ligne qui va du respect du programme au respect de l'apprenant.


Or ces travaux présente un défaut majeur qui est toujours existant et perpetué, à mon sens, ici avec Henri Boudreault Ph.D. professeur à l'UQAM en enseignement en formation professionnelle et
technique


"Le programme de la formation est l’outil de départ du formateur. Il contient
l’ensemble des informations que le formateur est tenu de respecter et d’appliquer. Le programme doit indiquer de façon précise la finalité de la formation ainsi que les éléments qui la
composeront en plus du temps imparti. Les éléments d’un programme sont généralement"


Pourquoi une erreur ?


Nous ne sommes pas des machines mais des humains, nous ne réagissons pas comme un logiciel avec des Inputq mais comme des humains avec des Intake. Nous décidons de prendre ou de ne pas prendre,
nous ne sommes pas uniquement régie par des réactions conditionnées. (le behaviorisme s'y s'est mordu les doigts)


Pour compléter ce propos Edgar Morin : Stratégie et programme


La stratégie doit prévaloir sur le programme. Le programme
établit une séquence d’actions qui doivent être exécutées sans variation dans un environnement stable, mais, dès qu’il y a modification des conditions extérieures, le programme est bloqué. La
stratégie, par contre, élabore un scénario d'action en examinant les certitudes et incertitudes de la situation, les probabilités, les improbabilités. Le scénario peut et doit être modifié selon
les informations recueillies, les hasards, contretemps ou bonnes fortunes rencontrés en cours de route. Nous pouvons, au sein de nos stratégies, utiliser de courtes séquences programmées, mais,
pour tout ce qui s’effectue dans un environnement instable et incertain, la stratégie s’impose. Elle doit tantôt privilégier la prudence, tantôt l'audace et, si possible, les deux à la fois. La
stratégie peut et doit souvent effectuer des compromis. Jusqu'où ? Il n'y a pas de réponse générale à cette question, mais, là encore, il y a un risque, soit celui de l'intransigeance qui conduit
à la défaite, soit celui de la transigeance qui conduit à l'abdication. C'est dans la stratégie que se pose toujours de façon singulière, en fonction du contexte et en vertu de son propre
développement, le problème de la dialogique entre fins et moyens.


 


La partition dans la tête oui savoir improviser, travailler à mieux réagir et interagir aves les imprévus et l'inattendu, c'est encore mieux. mais laissons les programmes faire fonctionner les
machines et permettont aux hommes d'être augmentés par des stratégies et non réduits


Merci pour ton invitation à la reflexion avec ton billet, car si nous échouons avec un participant faisons tout pour qu'il y ait encore envie d'apprendre demain avec un autre.


Bien à toi

Marc Nagels 13/06/2013


Hello,


Des collègues en didactique des mathématiques développent actuellement le concept d'orchestration ! A voir absolument. Voci quelques exemples : http://hal.inria.fr/docs/00/74/56/04/PDF/Gueudet-Trouche_travail_enseignant.pdf


http://www.fisme.science.uu.nl/tooluse/docs/PME33-RR-DrijversEtAl-corrected.pdf


http://perso.univ-rennes1.fr/ghislaine.gueudet.1/CERME6/19_WG7_Drijvers.doc


Marc Nagels


 

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