Developpement-durable-1-PEDAGOFORM.jpg PEDAGOGIES, APPRENTISSAGES ET APPRENANT

 

Développement durable en formation 

La question du développement durable se prête à de nombreuses situations et formes de réflexions. Si vous œuvrez dans le domaine de la formation professionnelle, vous concevez très certainement au quotidien une démarche de développement durable en formation…

 

De quel développement durable parle-t-on ?

La planète est en détresse, les énergies ne se renouvellent pas toujours, peu ou plus. Dans l’activité quotidienne de la formation, le développement durable peut constituer une démarche de tous les instants : les courriers adressés aux clients n’existent plus que sous format électronique ; la brochure de présentation de l’organisme de formation ou du consultant est téléchargeable sur le blog ou le site internet du concerné ; à l’issue de la formation, on remet aux stagiaires une clé USB comprenant les documents essentiels à se re-situer post-formation ; le consultant ou l’organisme de formation a conçu une plateforme collaborative permettant d’échanger des documents et de faire perdurer les liens avec les apprenants post-formation ; un e-learning est créé pour limiter les déplacements des salariés et formateurs… Les nouvelles technologies nous offrent à ce jour les moyens de limiter les dépenses afin d’assurer la préservation des richesses terriennes dans les activités de formation.

Mais au-delà de la préservation des richesses de notre planète, le développement durable en formation ne pourrait-il se concevoir sous un autre angle ? Le développement durable en matière de formation ne pourrait-il consister à préserver les richesses obtenues par la formation pour faire en sorte que la formation dure « le plus longtemps possible » et de « manière durable pour l’apprenant » ?

Un petit billet pour prendre du recul et réfléchir à « l’écologie de la formation » et au « développement durable de la formation ».

 

Une écologie de la formation pour les employeurs, les entreprises ?

Dans un précédent billet, le récit d’une conseillère pédagogique amenait rencontre et partage réciproques avec un Employeur désireux de créer une formation « qui laisse des traces » auprès de ses salariés, partant du constat que les formations précédemment effectuées n’étaient pas tout à fait « visibles » dans le cadre de leurs activités professionnelles. La préoccupation de cet employeur peut rejoindre la réalité de nombreux de ses pairs, désireux de concevoir la formation tel un « investissement », et non telle une simple « dépense de formation », à-même de lui permettre d’effectuer un calcul savant et mathématique déterminant de manière chiffrée en quoi la formation a créé une réelle valeur ajoutée, « visible » et «tracée » dans les pratiques professionnelles de ses salariés, à moyen ou à long terme.

La démarche d’une telle entreprise pourrait s’apparenter à l’initiative du particulier qui tente d’assurer à sa mesure la préservation de la planète : il décide par exemple un jour d’investir dans l’installation de panneaux photovoltaïques, concevant cette démarche à la fois comme une « dépense » mais surtout comme un « investissement » pour l’avenir, effectuant lui aussi le calcul savant et mathématique de l’économie de chauffage ou de consommation d’eau qu’il pourra réaliser sur un moyen ou long terme.

Alors que certains préservent les ressources et richesses de la planète par de multiples gestes ou réalisations écologiques, d’autres peuvent préserver, qu’ils soient employeur ou consultant ou formateur, les compétences des individus de leur entreprise, les compétences des individus apprenants dans leurs pratiques post-formatives : ils façonnent de la sorte une réelle « écologie de la formation » posant les bases d’outils et de pistes de travail favorisant la durabilité de la formation dans les pratiques professionnelles des salariés.

 

Pédagogie : comment favoriser le développement durable de la formation pour envisager une écologie de la formation ?

Pédagogie et créativité constituent le couple idéal pour favoriser le développement durable de la formation : il est précieux de réfléchir, à toutes les étapes de préparation de la formation, à la manière dont elle pourra être utilisée par les apprenants dans leurs pratiques professionnelles et il est pertinent de réfléchir en amont de la formation à l’après formation :

  • -         de la formation ;
  • -         de la formation ;
  • -         est encore mieux !

Poser les objectifs de cette durabilité supposera un diagnostic pré-établi, des objectifs identifiés, des indicateurs de durabilité… Les solutions aux questions « comment faire en sorte que la formation continue après la formation ? », « comment favoriser l’intégration de la formation dans les pratiques professionnelles ?»  sont multiples et variées, lorsqu’on associe pédagogie et créativité : un blended learning, des pistes de travail élaborées pendant la formation et suivies par les cadres intermédiaires, la mise en œuvre d’un brainstorming régulier post-formation, la mise en action de toutes les pédagogies favorisant l’alternance entre formation et pratiques professionnelles, la modularisation de la formation… ne sont que quelques exemples.

Ces solutions sont directement dérivées de la Pédagogie et, créant une passerelle vers l’employeur, elles peuvent, bien usitées, engager vers l’écologie de la formation. Mais d’autres solutions peuvent aller plus loin en rendant l’employeur « acteur » de l’écologie de la formation.

 

Comment l’employeur pourrait-il être « acteur » de l’écologie de la formation ?

Le formateur, le consultant participe de la durabilité de la formation, il en est l’acteur clé lorsqu’il prodigue conseils et idées à mettre en œuvre post-formation suggérant les pistes de la durabilité de la formation à l’employeur mais si l’employeur ne suit nullement ces préconisations, la durabilité de la formation en est d’autant diminuée.

C'est pourquoi la durabilité de la formation peut être davantage prégnante en s’appuyant sur l’expérience des apprenants post-formation (durabilité par sujet), ou en s’appuyant sur le capital pédagogique de la formation (durabilité par objet).

1 - La durabilité par objet pour préserver le capital pédagogique de la formation – on peut entendre par cette expression les moyens qui consisteraient à préserver le capital pédagogique de la formation, c’est-à-dire tout ce qui, en tant qu’objet, a participé au processus de la formation : les documents laissés par le formateur, la bibliographie conseillée par le formateur à l’issue de la formation, le film qui a été réalisé à l’occasion de la formation, la ou les productions des apprenants pendant le temps de la formation, les exercices pratiques qui ont été réalisés et les réponses ou corrections du formateur, les notes des collaborateurs, les cartes mentales qui ont été créées par les apprenants, les tests ou autres moyens d’évaluation des acquis de la formation, le serious games qui a servi de support de formation, la plateforme collaborative que chacun a pu alimenter dans le cadre d’un blended learning et toutes les autres formes de « supports » issus de la formation.

Si l’employeur conserve et réemploie ces outils et créations de la formation, la formation peut continuer de vivre dans un « après-formation », où chacun peut se re-situer, se remémorer, reprendre, refaire un exercice… favorisant l’intégration de la formation dans les pratiques professionnelles : la formation peut ainsi être « durable », chacun expérimente en solo, les cadres peuvent reprendre ces outils en réunion… la formation continue de former et de permettre aux salariés de poursuivre le travail d’échanges pour une effective mise en pratique de la formation.

une solution récemment proposée par un prestataire: http://www.capital-pedagogique.fr/capital-pedagogique.php

2 - La durabilité par sujet pour préserver le capital d’expérience – on peut entendre par cette expression les moyens qui consisteraient à préserver le capital d’expérience de la formation, c’est-à-dire tout ce qui, en tant que sujet, a participé au processus de la formation : la pratique professionnelle des apprenants après le temps de la formation.

En effet, la formation permet l’acquisition des savoirs formels puis vient le temps de l’application et des pratiques, c’est-à-dire tout ce qui, contrôlé ou non contrôlé, de prés ou de loin des acquis de cette formation, sera mis en action par les apprenants, hors cadre, hors champ de la formation, dans leurs pratiques. De nouveaux savoirs s’acquièrent, après la formation, de manière formelle ou informelle et dans ce cadre également, l’employeur peut favoriser la durabilité de la formation en prenant en considération les nouvelles pratiques post-formations, conséquences de la formation.

Restent à inventer la manière de recenser correctement ces nouvelles pratiques, de les compiler, de les diffuser, de les expliquer : d’autres savoirs peuvent ainsi se former après la formation, grâce au pouvoir fédérateur de l’employeur.

… Quelques pistes sommaires pour envisager la formation sous l’angle de sa durabilité … alors que toutes les entreprises et tous les employeurs n’envisagent pas toujours une telle écologie de la formation…

 

Une écologie de la formation à formaliser ?

Toutes les entreprises et tous les employeurs n’envisagent pas toujours une telle écologie de la formation, certes, mais si la formation a ainsi plus de chance d’être intégrée dans les pratiques professionnelles, ne pourrait-on les inciter à une écologie de la formation ?

La politique de développement durable paraît encore trop récente en France pour analyser son impact avec suffisamment de recul. On retient pour le moment, en termes de politique et au-delà des grands engagements étatiques, des dispositifs à l’attention des particuliers ou entreprises pour inciter à la dépense écologique : ainsi, dans l’exemple relaté ci-dessus à des fins de métaphore, l'incitation fiscale consiste à autoriser le particulier qui a effectué une « dépense écologique » à bénéficier d’un crédit d’impôt lui permettant d’obtenir le remboursement d’une partie de sa dépense, pour récompenser son investissement sur l’avenir, son geste de préservation des richesses, sa guidance écologique. 

Et si la transposition était possible dans le domaine de la formation ? Pourrait-on concevoir le remboursement de la dépense de formation à hauteur de la préservation de la compétence des salariés-apprenants, à l’issue de la formation ? Ou ne pourrait-on imaginer une politique incitative à l’investissement écologique de la formation, récompensant le pari sur l’avenir d’avoir dépensé une formation-investissement, préservant les compétences des apprenants-salariés, l’employeur étant acteur de cette préservation ?

Une politique incitative aux formations durables et aux formateurs et organismes de formation concevant des formations durables pourrait-elle être envisagée ? 

 

Quelques arguments peut-être pour tenter de continuer de convaincre partenaires, acteurs de la formation, employeurs, apprenants à envisager la formation sous l’angle d’un investissement pour l’avenir et non comme une simple dépense. Quelques arguments pour envisager une formation durable - du côté de l'employeur. Un autre billet PedagoForm envisagera la formation durable - du côté de l'apprenant.

 

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